Co-fondateur des Nuits sonores & Valentinois, Dj P. Moore répond a nos questions

 

A l’ occasion du dernier rendez-vous des soirées de Kiko @ OA6  c’est DJ P.Moore qui aura l’ honneur de clôturer cette belle saison de la scène techno Valentinosie.

DJ P.Moore c’est le co-fondateur des nuits sonores,  qui a  joué aux cotés de grands noms tel que Daft Punk, Laurent Garnier, Robert Hood, Dave Clarke, Rolando, Miss Kittin, The Hacker, Oxia.

L’ équipe de cooa.fr était curieux d’en savoir un peu plus sur ce pilier de la techno française.

 

Peux-tu te présenter en quelques mots ? (Origine, ville de résidence, label, statut)
Je me présente, Patrice Mourre aka DJ P.MOORE, originaire de la Drôme (Valence) mais résidant à Lyon depuis maintenant 35 ans. Je suis intermittent du spectacle grâce à mes activités de DJ et de chargé de production. J’ai rejoins le collectif artistique IMPORTED PARIS en septembre 2016.
Ta rencontre avec la musique électronique ?
Ma véritable rencontre avec les cultures électroniques remonte au milieu des années 80, avec notamment la house New-Yorkaise puis l’apparition de l’acid-house en Europe… Autant dire que ça aura été une belle claque et surtout LA révélation !
Quand as-tu commencé à mixer ?
Musicien depuis très jeune (j’ai commencé la batterie l’âge de 8 ans), je découvre rapidement l’univers du djing au milieu des années 80 et c’est un vrai coup de cœur pour cette pratique encore balbutiante en France. J’achète direct mes premières platines et me retrouve a animer des soirées en discomobile dès l’âge de 15 ans… Puis j’enchaine des résidences en discothèques généralistes dès ma majorité. Fasciné par cette musique et les premières raves française, je lache tout à mon retour de l’armée début 1992, ne voulant plus subir le dictacte de patrons de boites has-been pour me consacrer à 100% aux musiques électroniques… Choix que je ne regretterai jamais !
Comment as-tu rencontré Kiko ?
J’avoue ne plus trop me souvenir exactement… Mais c’était certainement lors d’une soirée sur Grenoble. On parlait à l’époque du « Triangle d’or » en Rhône-Alpes, entre Lyon, Annecy et Grenoble, la région était particulièrement dynamique… Nous étions de nombreux djs à régulièrement nous produire dans les nombreuses soirées d’alors et la scène Grenobloise était vraiment fertile en talents, avec motamment XMF (premier projet de THE HACKER) ou encore GARFIELD. Très vite, une deuxième « génération » d’artistes est apparue et à sû s’imposer sur Grenoble, principalement OXIA et MISS KITTIN et donc KIKO bien entendu ! Le duo PHUNKY DATA composé de Kiko et Oxia a ensuite connu un réel succès…Lors de la répression anti-techno de la fin des années 90, les Grenoblois ont sû rebondir en se lançant à fond dans la production musicale pour le succès qu’on leur connaît ! KIKO est donc rapidement devenu à l’époque un artiste incontournable de la scène techno Française et nous nous cotoyons alors régulièrement dans de nombreuses soirées.
Peux-tu nous parler de la naissance et de ton implication dans le festival Nuits Sonores ?
Sans rentrer dans le détail, je rejoins le projet dès sa création, à l’invitation de Vincent Carry, qui en est l’investigateur et le grand artistan. Après quelques mois de brainstorming intensifs et de discussions acharnées avec les autorités locales, le projet peut enfin voir le jour pour une première édition organisée avec 3 francs 6 sous et qui va connaître un véritable succès tant public que critique. Lyon était alors complètement sinistrée, à des années lumières de l’effervescence d’aujourd’hui. Ce festival était un véritable pari, absolument pas gagné d’avance, franchement novateur dans le paysage français d’alors.
Cela fait alors 2/3 ans environ que j’ai pris ma «retraite» artistique, lassé par les dégats considérables occasionnés par des années de chasses aux sorcières anti-techno… Au début très sceptique quant aux chance de réussite d’un tel projet, je me laisse rapidement séduire par le sérieux et le dynamisme de celui-ci. Et surtout par la qualité du contenu, la vision pluri-disciplinaire d’un festival totalement urbain et bien entendu par le propos artistique… La première édition s’avère conforme à nos souhaits, exigences et attentes et tout ce qui en fait le succès 15 années plus tard était déjà présent dès le début ! Nous n’avons qu’affiner le projet au fil des années en y apportant quelques touches de nouveautés au fur et à mesure…
En charge des projets extérieurs je deviens rapidement directeur de Production du festival, à savoir l’organisation opérationnelle sur le terrain… un véritable job à temps plein qui va m’occuper pendant 12 années exaltantes !

 


Qu’est ce qui t’a amené a te remettre derrière les platines ?
Epuisé par l’exigence du projet, je quitte mes fonctions au sein d’Arty Farty (l’association qui organise Nuits sonores) en septembre 2014. Besoin de souffler, de prendre du recul, de faire le point sur l’avenir… Ces 12 années consacrées à Nuits sonores ont certes été fabuleuses, mais ont fait beaucoup de dégats au niveau personnel !
Après une petite année de break total, je me réveille un beau matin de juillet omnibulé par un désir : j’ai de nouveau envie de mixer! Ce qui peut permettre évident pour certains ne l’est pas forcemment après une si longue rupture et l’arrêt de ma « carrière » à l’aube des années 2000 ! Un peu comme reprendre la clope après 15 ans d’abstinence… la dépendance et le manque de musique était trop fort, le goût du mixe et le contact du public ma manquait finalement beaucoup trop ! Inconditionnel du mixe « traditionnel » des origines (comprendre : vinyles !!!) je passe pourtant rapidement au démarterialisé… Bien que grand sceptique de conviction, l’acquisition des CDJ Pioneer est pour moi une révolution, synonyme de renaissance ! Je prends mon pied à mixer comme à la première heure et une deuxième carrière peut dès lors s’envisager… Même si mon seul objectif est d’uniquement prendre du plaisir, que du plaisir !
 Ta meilleure collaboration ?
Outre ma viscérale passion pour la musique, le facteur humain est indiscutablement celui qui m’a fait tout lâcher pour l’univers des cultures électroniques. L’état d’esprit qui animait (et anime encore) les pionniers de l’époque fut salvateur et je me suis éclaté à faire nombre de rencontres hautes en couleurs, inespérées dans un paysage artistique alors très fade… Tout ça pour dire qu’il m’est impossible de ressortir untel ou untel dans la richesse des rencontres durant toutes ces années. Même si la collaboration avec le team TEKMICS restera certainement l’élément phare et fondateur de toute cette belle aventure…
Ton meilleur souvenir en soirée / club / festival ?
Impossible là aussi de n’en retenir qu’un(e) seul(e)… Les années 90 ont été – malgré la forte répression et les nombreux galères que cela a pu engendrer – un vivier de soirées souvent incroyables ! Il est impossible d’oublier l’extraordinaire première année des soirées Dragon Bal dans la région d’Avignon… c’est juste mythique ! Mais j’ai tout de même un coup de cœur tout particulier pour une démentielle soirée dans le parc des expos de St Nazaire… c’était juste fabuleux et elle résume bien tout ce qui me fait aimer cette culture !
Mais je ne suis pas nostalgique pour autant et cette culture continue de m’impressionner tout autant encore aujourd’hui. J’ai pris un énorme pied lors de mon closing de Nuits sonores. Ça restera un moment unique !

 

Ton avis sur le développement de l’événementiel électronique dans des petites villes comme Valence ?
A chaque ville sa vérité ! Même si cette culture est un peu rentré dans le rang en se démocratisant, les codes en restent fort heureusement toujours aussi ouverts et inclassables… Chacun peut s’approprier et faire évoluer cette culture et les nombreuses façons de la partager avec le(s) public(s). Le formidable vent de liberté (principalement artistique) qui a accompagné la naissance de cette culture est encore suffisamment vivace pour toujours surprendre et faire éclore de nouvelles scènes, toujours plus dynamiques, motivées, généreuses et novatrices.
C’est d’autant plus vrai dans de plus petites villes, encore épargnées par les grosses machines. On a vraiment besoin des collectifs et acteurs locaux pour faire perdurer l’essence et l’âme de cette révolution artistique.
Je viens encore récemment de retrouver cet état d’esprit lors de la dernière soirée IMPACT du côté du Mans… L’association organisatrice de ces soirées est réllement animée par les motivations originales et propose des événements incroyables sans aucune têtes d’affiches étrangères, sans beaucoup de moyens mais avec beaucoup d’idées et d’enthousiasme… Le succès est au rendez-vous, comme à la « belle époque »… Respect !
Il faut donc soutenir sans retenu les initiatives locales, loin des modèles économiques formatés.
Dans l’avenir, plutôt sur scène ou d’autres projets en vu ?
Au vu de ce qui m’arrive de nouveau depuis bientôt 2 années, je préfère ne pas tirer de plans sur la comète ! Et vivre au jour le jour ce qui se présente… Je ne suis pas compositeur et j’aime trop m’éclater aux platines au contact du public pour décider de m’en passer maintenant. Je continuerai tant qu’on voudra bien de moi !
Mais de nouveaux projets ne sont bien entendu pas à exclure, c’est l’essence même de cette culture, toujours en évolution. Les festivals offrent la totale liberté créative et le foisonnement artistique… Mais avec l’âge, j’aimerai beaucoup devenir résident actif d’un club, qui soit à l’image de ma personnalité et de mes goûts. Je me languis de pouvoir de nouveau m’investir au quotidien dans un projet artistique et surtout de pouvoir inviter et programmer l’extraordinaire vivier de djs français et ainsi leur (re) donner un terrain de jeu à la mesure de leurs talents… Et ainsi boucler la boucle : j’ai débuté en club, je finirai en club !

 

 

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