Lumière rose, arcades, projection au sol, le musée devient lui-même un décor, entre attraction et inquiétude.
Avec Amélie Bertrand Neon Club, le Musée de Valence invite à explorer des paysages qui semblent familiers, mais dont les perspectives échappent aussitôt au regard. Présentée du 10 octobre 2026 au 21 mars 2027, l’exposition rassemble une trentaine d’œuvres, pour la plupart inédites et créées spécialement pour ce projet. Ici, la peinture déborde aussi sur l’architecture.
Des lieux crédibles, des repères fragiles pour l’exposition Neon Club
Une piscine, un mur de pierre, des végétaux : les motifs d’Amélie Bertrand donnent d’abord l’impression de reconnaître un lieu. Pourtant, aucun de ces paysages ne permet vraiment de s’orienter. Les plans s’emboîtent, les horizons se ferment et les perspectives promettent une profondeur qui se dérobe.
De plus, la surface lisse des peintures renforce cette impression d’étrangeté. Les couleurs saturées et les dégradés semblent retenir la lumière, comme si l’image restait inaccessible derrière un écran. Dès lors, le regard hésite entre la présence matérielle de la peinture à l’huile et une esthétique qui rappelle les univers numériques.
Ce trouble constitue l’un des ressorts de son travail. En effet, ses paysages inventés conservent assez de repères pour paraître possibles, tout en empêchant de les situer. On croit connaître l’endroit ; cependant, on ne saurait dire quand on l’a traversé.
Rideaux, vitrines et vagues, les nouveaux motifs d’Amélie Bertrand Neon Club
Pour cette exposition, Amélie Bertrand enrichit son vocabulaire avec des rideaux et des vitrines. Ces éléments suggèrent une ouverture, une présence ou quelque chose à découvrir. Pourtant, ils maintiennent aussi une distance : ce qui se trouve derrière demeure incertain.
Ainsi, les toiles Nightwatchers font du rideau une frontière lumineuse. Le tissu peint attire l’œil, mais ne livre pas ce qu’il dissimule. À travers ce motif, l’artiste explore des espaces de seuil, ces lieux intermédiaires que l’on traverse sans nécessairement s’y installer.
Les piscines exposées participent également à cette ambiguïté. Elles évoquent le loisir et le désir, tandis que leur immobilité introduit une sensation d’attente. Dès lors, le décor paraît disponible pour une scène qui ne commence jamais.
Par ailleurs, les vagues rejoignent le répertoire de l’artiste sous la forme de signes évoquant des néons. Dans Freak Waves(2026), elles se déploient sur une toile de trois mètres de long. Le mouvement de l’eau devient alors un motif lumineux, suspendu dans la peinture.
Enfin, des œuvres des dernières années prolongent ce paysage artificiel avec des marguerites, des nymphéas et des massettes de roseaux. La végétation conserve ses formes reconnaissables ; cependant, son intensité chromatique l’éloigne d’une représentation naturaliste.

Amélie Bertrand Neon Club, quand le musée entre dans les tableaux
À Valence, l’architecture nourrit directement certaines compositions. L’escalier en vis médiéval du musée apparaît ainsi dans When the Day Is Down. De même, The Flower of Carnage reprend le motif du mur de pierre, déjà présent dans le travail de l’artiste.
Ce dialogue se poursuit dans les salles, sur deux niveaux. En effet, une vitrophanie colore de rose la lumière qui traverse les fenêtres. Des arcades découpées dans les cimaises et une projection au sol modifient également la perception du parcours.
Ainsi, les œuvres et leur environnement se répondent jusqu’à brouiller la frontière entre espace peint et espace réel. Le visiteur regarde un paysage, puis retrouve autour de lui certains de ses effets. La couleur devient une ambiance ; l’architecture, une composante de l’exposition.
Ce dispositif donne aussi une place particulière au corps. Alors que les tableaux sont dépourvus de figures humaines, les visiteurs occupent les espaces qui les prolongent. Ils apportent, en quelque sorte, la présence que les images laissent en suspens.
De Monet à Amélie Bertrand Neon Club, un dialogue avec les collections
L’exposition s’inscrit dans un compagnonnage entre Amélie Bertrand et Ingrid Jurzak, directrice du musée et commissaire du projet. Elle prolonge également une rencontre avec les collections : en 2023, l’artiste découvre au Musée de Valence un Nymphéas sur tondo de Claude Monet.
Ce rapprochement ouvre une autre lecture de ses motifs végétaux. Chez Amélie Bertrand, la fleur ou le bassin deviennent des éléments construits, dont la couleur transforme la perception. Ainsi, la référence à la nature passe par un univers où chaque surface semble soigneusement calculée.
Par ailleurs, le projet poursuit la place accordée à la création contemporaine au musée, après les expositions de Philippe Favier, Hervé Di Rosa et Jaume Plensa. Il figure aussi parmi les événements en Résonance avec la 18e Biennale de Lyon.
Un catalogue monographique accompagne cette exploration, avec des textes de Marjolaine Lévy et d’Ingrid Jurzak. Il permet ainsi de prolonger la visite et d’approfondir les liens entre peinture, lumière et architecture.

Visiter Neon Club au Musée de Valence
Avec ses couleurs séduisantes et ses perspectives instables, Neon Club invite à ralentir le regard. D’abord attiré par un motif, on remarque ensuite une incohérence, une profondeur impossible ou une lumière sans origine évidente. C’est dans ce glissement que l’exposition trouve sa force : chaque image semble offrir un lieu où entrer, tout en conservant son secret.
Informations pratiques
- Dates : du 10 octobre 2026 au 21 mars 2027.
- Lieu : Musée de Valence – art et archéologie.4, place des Ormeaux, 26000 Valence.
- Horaires : du mercredi au dimanche, de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h.
- Fermeture : les jours fériés.
- Tarifs : 9 € ; tarif réduit : 7 €, selon conditions.
- Gratuité : le premier dimanche du mois.
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